Martin regarde le calendrier. D'un œil vagabond, il parcoure les cases numérotées, s'arrête sur l'une d'elles. Il ne fait tout d'abord pas attention à la petite phrase inscrite dedans. La St Glinglin sûrement. Et puis, mû par une sorte d'instinct, il essaye de déchiffrer l'inscription. Et là, c'est le drame: « FETE DES MERES »
Martin a fini de regarder de son air ahuri la case correspondant à la date d'aujourd'hui. Après quelques secondes de flottement, il lâche un mot grossier, dont la définition ressemblerai à : Matière fécale, excrément. Exclamation d'étonnement. Martin déambule dans la maison, réfléchi. Oh, intense réflexion pour un garçon d'une vingtaine d'années qui avait oublié ce soir là, à 19h pile, en notant un rendez vous sur son calendrier, garçon étourdi qui avait oublié la fête de sa mère.
Martin descend vite dans la rue, ayant attrapé son manteau pour l'enfiler (à l'envers) ainsi qu'une écharpe (dont une extrémité avait servit à faire les dents de son jeune chiot). 19H05, les magasins sont fermés. Et Martin marche encore, tourne dans une rue en prend une autre, pour finalement repasser devant son immeuble et le contempler de ses grands yeux vert émeraude. Il est 19h10 et les magasins sont toujours fermés.
Martin continue sa route, Martin marche, courre presque, car il s'en veut de n'avoir rien à offrir pour sa mère. Devant lui, un homme pressé porte sous le bras une boite de chocolats en forme d'étoile. En voilà un qui s'est rappelé à temps que ce jour était le jour de la fête des mères. Le seul jour où les hommes offrent des cadeaux à leurs mères, il faut croire.
Et puis à force de marcher, Martin arrive dans un parc. Etonné, il constate que toutes les fleurs ont étés cueillies, ou en tout cas les plus belles. Martin soupire, il ne pourra pas offrir un bouquet de marguerites ou de tulipes non plus. Il est 19h20 et Martin s'assied nonchalamment sur un banc, épuisé par sa course. Et il La voit. Une fleur, une magnifique rose d'un rouge brillant qui luit dans l'obscurité. Martin regarde à gauche, à droite, personne. Il se lève, s'en approche. Le jeune homme n'est pas chrétien, et pourtant l'exclamation qui sort de sa bouche peut être interprétée comme un remerciement divin. La fleur est aussi grosse que deux poings, elle est énorme, et aucun de ses pétales ne semble fané, ou ne serait-ce un tout petit peu flétri. La fleur est parfaite.
Martin est perdu dans la contemplation de la rose, Martin hésite. La fleur est trop belle, ce peut être une fausse. Alors, petit à petit, pendant que le garçon hésite, il voit l'objet de sa contemplation perdre de son éclat. Le rouge pétant devient plus pâle au fur et à mesure que les minutes passent. Ce soir là, à 19h40, Martin est persuadé que les fleurs ont une vie, et que la rose qu'il contemple est en train de mourir.
Martin susurre des « non » en espérant retenir l'éclat de la rose. On dirait un enfant voyant que sa glace fond, incapable de retenir sa consistance plus longtemps. Alors Martin tend la main, frôle les pétales de ce qui sera le présent pour sa mère. Il ne sait pas par où la prendre, tourne autour... Et puis il se décide, prend la tige à pleine mains et tire d'un coup sec. De nouveau il lâche un juron. Il avait oublié les épines. Il avait oublié que cette superbe fleur était une rose tant elle était éblouissante de beauté. Martin lâche la fleur, observant de ses yeux verts la paume de sa main entaillée profondément. Martin soufre, Martin gémit, et alors que les racines de la rose absorbent le sang qui coule de sa main, une tige pousse de nouveau. Et pendant que la nouvelle fleur pousse, les yeux verts de Martin se ternissent, sa peau devient plus pâle. Sous ses yeux exorbités par la surprise se déroule à une vitesse incroyable la naissance d'une autre rose rouge, dont le bourgeon pointe déjà le bout de son nez. L'autre fleur, l'ancienne, s'est effritée et ses restes ont étés balayés par un vent doux. Martin s'allonge, il est fatigué. Une grosse fleur rouge, encore plus grosse et luisante que la précédente, s'ouvre devant lui.
La lune est presque pleine, d'une blancheur immaculée, mais ne se reflète plus dans les yeux morts de Martin. Sa peau s'effrite, est balayée par un vent doux, telle la rose sublime qu'il aurait aimé offrir. Il est 20h pile, Martin s'éparpille, et une nouvelle rose rouge brille.










